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Pour qui votent les agriculteurs et agricultrices ?

« Pus d’un tiers des agricultrices ont choisi une liste de gauche (35 %) contre presque moitié moins pour les agriculteurs » aux élections européennes.

À l’aube des élections municipales, des chercheurs ont publié leur étude sur le positionnement politique des agriculteurs. Proximité syndicale, genre ou mode de production… Le monde agricole n’est pas un bloc homogène.

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Vote-t-on forcément à gauche quand on produit en agriculture biologique ? Les agriculteurs sont-ils tous de droite ? Et le vote est-il déterminé par la taille de la ferme ? À quelques semaines des élections municipales, les chercheurs en sociologie Pierre-Henri Bono, François Purseigle et Samuel Ouahab ont publié une analyse des intentions de vote des agriculteurs et agricultrices aux élections européennes, en avril 2024.

Dans leur article scientifique, nommé « Les agriculteurs et les élections européennes : Un isolat électoral spécifique mais de plus en plus fragmenté », ils reviennent sur le vote agricole.

Globalement, les auteurs constatent un « net ancrage à droite des agriculteurs et agricultrices, même s’ils « basculent moins […] que les ruraux vers les positions extrêmes de ce camp et restent fidèles à la droite dite républicaine ». Les sociologues se sont appuyés sur une base de 1 258 chefs et cheffes d’exploitation interrogées entre le 8 avril et le 29 avril 2024, soit deux mois avant les élections européennes.

Avant d’être interrogés sur leurs intentions de vote, les agriculteurs et agricultrices devaient se positionner sur une échelle de 0 à 10 (0 = le plus à gauche et 10 = le plus à droite). La moyenne des répondants se situe à 6,2, soit « plus à droite que le reste de la population », à 5,4, calculent les auteurs.

Plus d’un agriculteur sur deux se place à droite (56 %). Mais le monde agricole se dit un peu moins proche des partis d’extrême droite (Rassemblement national, Debout La France, Reconquête) que de l’ensemble de la France (21 % contre 23 %). Moins d’un agriculteur ou agricultrice sur cinq se classe à gauche sur l’échelle (17 %), soit autant que ceux qui se placent au centre (17 %).

Les petites fermes plus à gauche, les grandes à droite

Si un exploitant en agriculture biologique sur deux est « en faveur de la gauche », la « certification biologique de l’exploitation n’est pas exclusive du vote pour la gauche », constatent les auteurs. En effet, près d’un agriculteur en bio sur cinq déclarait « vouloir voter pour la liste RN » aux élections européennes de 2024. Tandis que « les exploitants et exploitantes en agriculture conventionnelle ont tendance à préférer les listes de droite ou du centre (90 %) ».

Est-ce que le revenu a un impact sur son vote ? « Le gradient des revenus est surtout présent pour le vote RN : plus les revenus sont faibles, plus la part des intentions de vote pour le RN augmente. Cependant, il n’existe pas de gradient pour les listes de gauche. »

Au contraire, l’adhésion aux listes de gauche serait plus susceptible de varier en fonction de la taille de l’exploitation : « Plus la taille de l’exploitation augmente, plus la proportion d’intentions de vote pour les listes de gauche diminue. »

« Concernant le niveau de scolarité, nous relevons que plus celui-ci est élevé, plus la proportion d’intentions de vote pour les listes de gauche est importante », notent les auteurs. Quand « la liste RN, rassemble près de 40 % des répondants se déclarant sans le baccalauréat ».

De la Conf' à la CR en passant par JA et FNSEA : de gauche à droite

La proximité syndicale est corrélée avec la proximité partisane. Près de huit sympathisants de la Conf' et du Modef sur dix avaient l’intention de voter pour une liste de gauche aux européennes de 2024. Les intentions de vote pour l’extrême droite auprès des sympathisants de la CR atteignent, quant à elles, 62 %.

Plus dispersés, les proches du syndicalisme majoritaire se qualifient par une proximité au centre droit de l’échiquier politique : un quart des sympathisants de la FNSEA et de JA avaient l’intention de voter en faveur de la liste Les Républicains ou Renaissance.

« L’absence de proximité syndicale semble, quant à elle, se traduire par un éparpillement plus marqué. Les agriculteurs et agricultrices ne se sentant proches d’aucune organisation syndicale usent davantage de l’étendue de la palette politique », remarquent les sociologues.

Les agricultrices plus à gauche que leurs homologues masculins

« Bien que les chefs et cheffes d’exploitation continuent de présenter certaines spécificités en matière électorale, marquées par une participation électorale élevée et une influence politique importante, ce groupe professionnel ne s’en trouve pas moins traversé par des tensions partagées par l’ensemble de la population. »

En atteste, des différences d’intention de vote marquées selon l’âge ou le genre des agriculteurs et agricultrices, comme dans l’ensemble de la société. Ainsi, « plus d’un tiers des agricultrices ont choisi une liste de gauche (35 %) contre presque moitié moins pour les agriculteurs » aux élections européennes.

Au contraire, « les plus jeunes (40 ans et moins), et notamment les jeunes hommes, accordent leur préférence à la liste de Jordan Bardella ». Avec les autres listes d’extrême droite constituées pour ces élections européennes, « 46 % des moins de 40 ans accorderaient leur vote à ce bloc souverainiste/extrême droite » contrairement aux plus âgés.

« Les intentions de vote pour la liste LR ne semblent pas dépendre de l’âge. Inversement, c’est chez les plus jeunes que l’on retrouve le moins de répondants attirés par les listes de gauche. »

« Les chefs et cheffes d’exploitation ne votent pas uniquement en fonction de leurs intérêts corporatistes, mais aussi en fonction de leurs valeurs, de leurs aspirations et peut-être avant tout de la place qu’ils et elles pensent occuper au sein de la société et des territoires ruraux », concluent les auteurs.

Et c’est une place prépondérante qu’ils occupent dans leurs communes. En 2020, un maire sur dix était agriculteur, alors qu’ils ne représentent que 2 % de la population active. Seront-ils autant en 2026 ?

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